Comment faire du tourisme un véritable levier de développement pour les territoires et les populations qui y vivent ? Cette question était au cœur du séminaire Destination Éco-Talents, organisé par l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD) de Organisation Internationale de la Francophonie et le Ministère des Affaires étrangères de la République de Chypre, auquel l’ATES a été invitée à participer.
Réunissant 65 participants venus de 19 pays, ce séminaire a permis de croiser les expériences autour de la formation, de l’insertion professionnelle, de l’entrepreneuriat et du développement d’un tourisme plus durable et inclusif.
Pour l’ATES, cette rencontre a été l’occasion de partager son expérience du tourisme équitable et solidaire, mais aussi de confronter ses pratiques à celles d’acteurs engagés dans d’autres contextes et d’autres territoires.
Former aux métiers du tourisme : une première étape, pas une finalité
La formation constitue un levier essentiel pour favoriser l’emploi et l’entrepreneuriat, notamment pour les jeunes et les femmes. Mais elle ne peut, à elle seule, garantir que le développement touristique bénéficiera durablement aux territoires. Certaines questions doivent accompagner toute politique de développement touristique : qui crée la valeur ? Qui en bénéficie ? Et qui décide ? Ces questions sont au cœur de l’approche portée par l’ATES depuis sa création en 2006.
Le tourisme équitable ne consiste pas seulement à réduire les impacts négatifs du tourisme ou à promouvoir des pratiques plus responsables. Il cherche à rééquilibrer les relations entre les différents acteurs de la chaîne touristique, en travaillant notamment sur la rémunération, les partenariats, la gouvernance et la capacité des acteurs locaux à prendre part aux décisions. Le Label Tourisme Équitable, porté par l’ATES, traduit cette approche en engagements concrets : gouvernance démocratique, conditions de travail éthiques, partenariats équitables et durables, renforcement des capacités, développement local et valorisation des territoires.
De l’employabilité au pouvoir d’agir
L’un des enseignements que l’ATES souhaite mettre en avant est donc la nécessité de penser l’accompagnement au-delà de la seule acquisition de compétences professionnelles. Former permet d’acquérir un métier, mais il faut également pouvoir entreprendre, s’organiser, négocier, décider et peser collectivement.
Dans de nombreux territoires, les acteurs locaux restent en effet en position de faiblesse face aux autres maillons de la chaîne touristique : distributeurs, investisseurs, grands opérateurs ou plateformes. Renforcer leurs compétences entrepreneuriales et leur capacité d’organisation peut leur permettre de mieux maîtriser leur activité, de conserver davantage de valeur localement et de participer aux orientations touristiques de leur territoire.
C’est notamment tout l’intérêt des démarches collectives : associations, coopératives, réseaux professionnels ou autres formes d’économie sociale et solidaire (ESS) peuvent contribuer à renforcer le pouvoir de négociation et d’action des acteurs locaux. L’enjeu n’est donc pas simplement de créer des emplois grâce au tourisme, mais de se demander quels emplois, pour qui, dans quelles conditions et avec quelles perspectives, et comment faire en sorte que l’activité touristique contribue à une dynamique économique territoriale durable.
Le tourisme équitable, une approche complémentaire du tourisme durable
Cette approche permet aussi de préciser ce que le tourisme équitable peut apporter aux politiques de tourisme durable. Le tourisme durable cherche à prendre en compte les dimensions environnementales, économiques et sociales du tourisme. Le tourisme équitable porte une attention particulière aux relations de pouvoir et au partage de la valeur au sein de l’écosystème touristique. Il ne s’agit donc pas uniquement de demander aux acteurs locaux de « participer » au développement touristique, ou d’en être les bénéficiaires, mais de créer les conditions pour qu’ils puissent réellement devenir acteurs de décision.
Cette logique rejoint les réflexions internationales portées par l’Organisation internationale du tourisme social (ISTO), qui considère aujourd’hui la durabilité sociale comme un pilier majeur du développement durable du tourisme, avec notamment des enjeux de justice sociale, d’inclusion, de qualité de vie et de gouvernance participative.
Dans un contexte de raréfaction des financements publics, changer de modèle ?
Les échanges du séminaire prennent une résonance particulière dans un contexte de contraction des financements publics et de recul de l’aide publique au développement. Cette situation invite à repenser les modalités de soutien au développement touristique. Mais elle ne doit pas conduire à considérer que les initiatives locales doivent désormais fonctionner sans aucun accompagnement public.
Les financements publics ont un rôle essentiel à jouer pour ce que le marché finance difficilement : la structuration des acteurs, l’expérimentation, la mise en réseau, la gouvernance, la professionnalisation, l’évaluation des impacts ou encore la construction de modèles économiques collectifs. L’enjeu est ensuite de permettre aux activités économiques créées de trouver leur propre viabilité, plutôt que de dépendre durablement de financements de projet.
Pour renforcer cette autonomie, il est donc essentiel de travailler dès l’amont sur les débouchés commerciaux et de ne pas attendre que les activités soient créées pour chercher leurs marchés. Cela suppose notamment d’intégrer les voyagistes équitables dans la conception des projets, afin de mieux faire correspondre l’offre aux attentes des voyageurs, de sécuriser les partenariats et de construire des circuits de commercialisation durables. En reliant plus tôt les acteurs locaux aux professionnels capables de distribuer leurs offres, on crée les conditions d’une activité économique viable et moins dépendante des subventions.
Faire du tourisme un outil de développement choisi par les territoires
La participation de l’ATES au séminaire Destination Éco-Talents a ainsi permis de mettre en dialogue deux approches complémentaires : celle d’un programme qui agit sur les compétences, l’emploi, l’entrepreneuriat et la structuration des destinations, et celle du tourisme équitable, qui interroge les rapports économiques, le partage de la valeur et le pouvoir d’agir des acteurs locaux. Cette rencontre rappelle une conviction forte de l’ATES : le tourisme ne devient véritablement durable que lorsqu’il contribue à renforcer les capacités de celles et ceux qui vivent et travaillent dans les territoires. C’est à cette condition que le tourisme peut devenir davantage qu’un secteur créateur d’emplois : un véritable levier de développement local, d’émancipation et de solidarité entre les territoires et les personnes.
L’ATES remercie l’Organisation internationale de la Francophonie pour son invitation et pour cet espace de dialogue, qui permet de partager les pratiques, de confronter les expériences et de faire progresser collectivement les réflexions sur un tourisme plus équitable, plus inclusif et réellement au service des territoires.
