Retour sur le séminaire de l’ATES : comment développer une offre de voyages équitable et bas-carbone ?

6.04.26 | Actualités

Le 25 mars 2026, l’ATES tenait son séminaire annuel à l’Académie du Climat, à Paris, réunissant une trentaine d’acteurs engagés autour d’une question centrale : comment accélérer concrètement le développement d’une offre de voyages à la fois équitable et bas-carbone ? Retour sur ce séminaire riche de rencontres et d’enseignements.


Un rendez-vous au carrefour de l’urgence climatique, et de l’exigence sociale

Face à la crise climatique, le secteur du tourisme est appelé à se transformer en profondeur. Pour l’ATES et son réseau, cette transformation ne peut se réduire à une réponse environnementale : elle doit aussi être sociale, solidaire et équitable. C’est dans cette conviction que s’inscrivait le séminaire de cette édition 2026, dont la thématique “Ensemble, levons les obstacles au développement d’une offre de voyages équitable et bas-carbone” posait d’emblée la question en termes collectifs et opérationnels.


Un écosystème d’acteurs mobilisés

La diversité des participants illustrait l’ambition transversale de la démarche. Voyagistes du commerce équitable, porteurs de projets spécialisés dans les voyages bas-carbone, experts des mobilités douces, représentants de comités sociaux et économiques (CSE), offices de tourisme, réseaux citoyens et universitaires : autant de regards complémentaires pour appréhender la complexité d’une transition qui engage l’ensemble de la chaîne touristique.

Les interventions de Bernard Schéou et Alain Girard de l’Université de Perpignan , ainsi que de Charlène Fleury du réseau Rester sur Terre et de Coralie Marti, directrice de l’ATES, ont fourni des cadres analytiques et des retours d’expérience propres à nourrir les échanges.

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Quatre ateliers pensés pour imaginer des solutions concrètes

L’après-midi a été structurée autour de quatre ateliers en parallèle, portant sur les thématiques suivantes :

  • Les enjeux de l’offre : quels sont les ressorts d’une offre de voyages équitables de proximité attractive ?
  • Les enjeux de la demande : quelle place pour les agences de voyage “équitables” sur le marché du tourisme équitable bas-carbone ?
  • Les enjeux logistiques : comment surmonter les freins opérationnels et saisir les opportunités liées aux modes de transport touristiques bas-carbone ?
  • Les séjours lointains exceptionnels : comment en faire une expérience compatible avec la transition bas-carbone ?

 

Les enjeux de l’offre : entre réelles possibilités et difficultés actuelles

Du côté des leviers pour déployer une offre de proximité attractive, les différents acteurs présents ont souligné l’importance de la valeur d’une offre ancrée dans un projet de territoire, portée par des populations locales et proposant une façon de voyager différente. Dans ce sens, l’implication et la collaboration avec les offices de tourisme locaux est essentielle, pour proposer des expérientes inédites et hors des sentiers battus qui valoriseront l’attractivité des territoires.
Il s’agit d’éléments distinctifs valorisables pour une offre touristique de proximité de qualité, notamment au sein de l’espace européen et français.

Du côté des obstacles, plusieurs participants au séminaire ont cependant exprimé des difficultés réelles : la proximité géographique favorise l’auto-organisation des voyageurs, ce qui rend difficile la justification du recours à une agence de voyagesface à la concurrence des plateformes comme Airbnb, l’utilisation de l’IA, ou la réservation autonome d’expériences en ligne…). Des expériences associatives ont également montré des offres bien construites sur le papier mais qui n’ont pas trouvé preneur. Un certain défaitisme a été relevé sur ce point.


Les enjeux de la demande : entre réenchantement, sécurisation et durabilité sociale

Durant les échanges autour de cet atelier, deux leviers principaux d’attractivité pour les agences de voyage équitables ont été identifiés.

Le premier levier est celui du réenchantement du voyage. Face à la banalisation de l’auto-organisation des séjours, les agences de voyages ont un rôle spécifique à jouer en proposant des expériences qui créent de la surprise et de la spontanéité, notamment à travers les rencontres humaines et les mobilités alternatives à l’avion. C’est précisément dans leur capacité à donner accès à des expériences qu’un voyageur n’aurait pas imaginées seul, que réside leur valeur ajoutée.

Le second levier identifié est la sécurisation. En effet, dans un monde de plus en plus instable, et face à la complexité croissante de l’organisation de voyages en mobilités alternatives (notamment sur des itinéraires plus complexes), les agences offrent une garantie et un accompagnement que l’auto-organisation ne peut pas assurer.

Pour les voyageurs individuels, ce sont ces deux dimensions qui constituent les principaux arguments motivant le recours à une agence de voyages pour l’organisation de futurs séjours. Cependant, pour les groupes et les comités d’entreprise, le levier est différent : il s’agit de s’appuyer sur les enjeux RSE des entreprises clientes. Il faudra alors démontrer que l’offre conjugue expérience attractive, convivialité et durabilité sociale et environnementale. Toutefois, ces arguments environnementaux et sociaux ne doivent pas être relégués en arrière-plan, mais pleinement intégrés à la proposition de valeur.


Les enjeux logistiques : des obstacles encore trop importants pour les mobilités douces

Cet atelier s’est centré majoritairement sur les obstacles politiques et structurels liés au transport, qui constituent un frein majeur au développement d’une offre de séjours équitables et bas-carbone.

Sur le train par exemple, plusieurs obstacles ont été identifiés :

  • le coût élevé comparé à l’avion, dû à une fiscalité insuffisante sur l’aérien et un soutien public insuffisant au ferroviaire,
  • la durée des trajets qui peuvent freiner toute un pan de la clientèle,
  • le manque de lisibilité des offres,
  • la complexité des réservations.

La question du confort sur un mode de transport tel que le train est nuancée : si la fatigue physique est souvent moindre en train, le manque d’intimité, notamment en couchette, peut constituer un frein réel pour de nombreux voyageurs.

Ces obstacles sont avant tout politiques et structurels, et appellent des décisions volontaristes de la part des États.

Du côté des leviers et opportunités, deux pistes se dégagent néanmoins. Tout d’abord, les participants se sont accordés sur la nécessité de réinventer les imaginaires du voyage bas-carbone, pour en faire une expérience désirable à part entière, en insistant sur le fait que le voyage ne commence pas uniquement une fois arrivé à destination. Ensuite, il est primordial de redonner du temps aux voyageurs : par exemple via le télétravail ou par l’instauration de congés de transport, afin de rendre les trajets longs compatibles avec les contraintes du quotidien.


Les séjours lointains : des perspectives intéressantes, à condition d’une participation éventuelle des employeurs

Pour ce dernier atelier, le constat a été fait que les freins identifiés pour les séjours lointains rejoignent largement ceux évoqués pour les autres formes de voyage. La piste centrale qui ressort est celle de l’immersion et de la rencontre humaine dans la durée. Allonger le séjour et approfondir l’ancrage local permet à la fois de réduire l’empreinte carbone par jour de voyage, mais aussi d’amplifier les retombées socio-économiques dans les destinations. Ainsi, il s’agit d’une façon de rendre le lointain exceptionnel non par la distance, mais par la qualité de l’expérience vécue.

Cette approche suppose toutefois d’adapter le discours selon la clientèle. Les voyageurs militants ou sensibilisés y seront naturellement réceptifs, tandis qu’une clientèle issue des comités d’entreprise, plus généraliste, nécessite un angle davantage centré sur l’expérience et la convivialité plutôt que sur l’argument environnemental.

La question des mobilités bas-carbone pour les séjours lointains a aussi pointé un frein incontournable : le temps de trajet. En effet, transformer ce temps en expérience à part entière, plutôt qu’en contrainte subie, est une condition clé d’acceptabilité de la part des voyageurs. Cela implique dès lors une communication spécifique valorisant ce que ces mobilités apportent, mais aussi une réflexion plus large sur l’organisation du temps de travail, avec un rôle potentiel des employeurs dans la libération de ce temps.

Ce format participatif d’ateliers tournants a permis de faire émerger des pistes d’action précises, ancrées dans les réalités du terrain, auxquelles la participation des pouvoirs publics et des acteurs politiques du tourisme doivent contribuer. Ces travaux constituent une étape importante dans l’élaboration d’une feuille de route stratégique pour la transformation du secteur, à laquelle l’ATES entend contribuer activement avec l’ensemble de son réseau.
Le contenu qui est ressorti de ces ateliers, particulièrement riche, va permettre à l’ATES et son réseau de construire un plaidoyer et une stratégie collective d’accompagnement de ses membres, profondément ancrée dans notrefeuille de route 2024-2033.


Un financement européen au service de l’innovation touristique

Ce séminaire a bénéficié du soutien financier du programme fuTOURiSME, dans le cadre d’un appel à projets porté par le Conseil européen de l’innovation (EIC) et l’Agence exécutive pour les PME (EISMEA). Un ancrage européen qui témoigne de la portée et de la reconnaissance des travaux engagés par l’ATES sur ces enjeux de transition.