Le tourisme équitable ne s’est pas construit par hasard dans le champ de l’économie sociale et solidaire (ESS). Ce n’est pas un positionnement stratégique, mais plutôt une évidence de valeurs partagées. En effet, les opérateurs touristiques qui font le choix du tourisme équitable font aussi, le plus souvent, le choix d’une autre façon d’entreprendre : plus horizontale, plus collective, et aussi plus soucieuse de l’intérêt général que du profit immédiat.
Alors qu’ESS France lance une marque collective pour rendre visible ce que l’économie sociale et solidaire représente en France, c’est l’occasion de rappeler ce que signifie concrètement faire partie de l’économie sociale et solidaires, et en quoi ses valeurs résonnent profondément avec celles du tourisme équitable.
L’ESS : une économie qui refuse de séparer performance et solidarité
Selon ESS France, la chambre française de l’économie sociale et solidaire, l’ESS repose sur trois piliers fondamentaux définis par la loi du 31 juillet 2014 :
- la recherche de l’intérêt général,
- la gouvernance démocratique,
- et une lucrativité nulle ou limitée.
Ces trois piliers ne sont pas des contraintes imposées de l’extérieur : ce sont des choix délibérés, qui traduisent la conviction qu’il est possible de faire de l’économie autrement, sans séparer l’efficacité de l’utilité, la performance de la solidarité, et la création de valeur du respect du vivant.
Et les chiffres le prouvent. Aujourd’hui, l’économie sociale et solidaire représente 10 % du PIB français, 2,6 millions de salariés, 155 000 entreprises employeuses et 22 millions de bénévoles. C’est une réalité économique de première importance, mais souvent invisible parce que mal identifiée.
Ce que le tourisme équitable partage avec l’économie sociale et solidaire
Les convergences entre le tourisme équitable et solidaire et les principes de l’ESS sont profondes et structurelles.
La recherche de l’intérêt général
Les opérateurs de tourisme équitable ne construisent pas leurs séjours dans une logique de maximisation du profit. Ils les construisent pour créer des retombées économiques et sociales équitables dans les destinations visitées (emploi local, redistribution des revenus, soutien à des projets collectifs). Ainsi, l’intérêt général est intégré dès la conception du séjour, et à tous les niveaux pour tous les acteurs impliqués : en effet, même à destination, les partenaires locaux sont déjà des acteurs de l’économie sociale et solidaire sur place, avec des valeurs partagées et des objectifs en commun.
La gouvernance démocratique
La grande majorité des opérateurs de tourisme équitable sont des associations, des sociétés coopératives et participatives (SCOP) ou des structures agréées Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS). Il s’agit de modèles où les décisions se prennent collectivement, où les équipes sont associées aux orientations stratégiques, et où la relation avec les partenaires locaux repose sur l’horizontalité plutôt que sur la hiérarchie.
La lucrativité limitée
Le tourisme équitable a son propre modèle économique indépendant, qui permet une activité de développement financée par les voyages des voyageurs. En effet, les prix pratiqués reflètent le coût réel d’une démarche exigeante, qui prend en compte la juste rémunération des partenaires locaux, les coûts de fonctionnement, le financement de projets de développement, l’investissement dans des formations pour les partenaires locaux, ainsi que le suivi rigoureux des engagements pris. Ce modèle économique sobre est un choix assumé et cohérent avec les valeurs de l’économie sociale et solidaire.
Une marque collective, mais pour une filière encore trop peu visible
L’un des défis partagés par l’économie sociale et solidaire dans son ensemble et par le tourisme équitable en particulier est celui de la visibilité. L’ESS est, selon ESS France elle-même, “déjà omniprésente, déjà utile, déjà concrète dans le quotidien des Françaises et des Français” : cependant, elle manque de reconnaissance.
Le tourisme équitable fait face au même paradoxe. En outre, ses opérateurs proposent des séjours de qualité, porteurs de sens et d’impact réel. Mais dans un marché saturé d’offres se revendiquant “responsables” ou “solidaires” sans en respecter les fondements ou avec des critères trop vagues, ils peinent à se différencier clairement aux yeux des voyageurs. C’est d’ailleurs pour cela que l’ATES a récemment proposé un nouveau référentiel pour son label Tourisme Équitable, afin de proposer une grille de lecture plus complète et rigoureuse.
La marque ESS, conçue comme un signe de ralliement commun à l’ensemble des acteurs de l’économie sociale et solidaire, répond directement à ce besoin.
En l’adoptant sur leurs supports de communication, les opérateurs de tourisme équitable envoient un signal clair : ils font partie d’une économie qui a choisi de faire autrement et ancrée dans des valeurs partagées.
Comment adopter la marque ESS ?
Adopter la marque ESS est ouvert à toute structure relevant du champ de l’ESS au sens de la loi de 2014, à condition d’adhérer à la Déclaration d’Engagement de l’ESS et de respecter le règlement d’usage et la charte graphique associés.
Pour les opérateurs qui souhaitent franchir le pas, la démarche est accessible directement sur le site de la marque ESS : ess-laplateforme.fr.
Le tourisme équitable, un exemple concret de l’ESS en action
L’économie sociale et solidaire montre qu’il est possible de se nourrir, se soigner, se loger, travailler, apprendre ou se déplacer autrement. Le tourisme équitable ajoute une dimension essentielle à cette liste : voyager autrement.
Ainsi, il est possible deoyager en créant des emplois locaux plutôt qu’en concentrant les revenus dans des circuits extérieurs aux destinations, en respectant le pouvoir d’agir des communautés qui accueillent, en construisant des relations de confiance durables, fondées sur la réciprocité et l’équité.
Pour en savoir plus sur la marque ESS et rejoindre la campagne de mobilisation collective : ess-laplateforme.fr
