ÉDITO
Depuis vingt ans, l’Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire porte une conviction forte : le voyage peut et doit être un levier de transformation sociale positive. Face à la croissance continue du tourisme international et à ses impacts, le tourisme équitable s’impose plus que jamais comme une alternative positive, profondément ancrée dans les principes de justice, de réciprocité et de durabilité.
Ces dernières années ont cependant profondément rebattu les cartes.
Depuis la crise sanitaire, le secteur reste fragile. Si 2025 marque une reprise confirmée, avec un volume de voyageurs dépassant celui de 2019 pour les opérateurs labellisés, cette dynamique masque des réalités contrastées. Cette hétérogénéité croissante fragilise l’ensemble de la filière, et révèle des besoins d’accompagnement de plus en plus différenciés.
En parallèle, l’environnement concurrentiel s’est considérablement durci. Le tourisme équitable fait face à une multiplication d’offres se revendiquant “responsables”, “éthiques”, ou encore “solidaires” mais qui n’en respectent ni les critères ni les valeurs. Derrière des discours séduisants, nombre d’acteurs conventionnels reprennent les codes du tourisme équitable pour en faire des arguments de vente, vidant peu à peu ces notions de leur sens. Cette confusion, largement relayée, affaiblit la lisibilité de notre engagement collectif.
Dans ce contexte, l’ATES assume pleinement son rôle : celui d’une organisation qui défend une vision exigeante et positive du tourisme, et une manière d’entreprendre différente.
Notre réseau porte un discours nuancé, fondé sur la transformation des pratiques et l’autonomie des communautés locales. Cette posture nous place au cœur d’un véritable combat politique pour faire progresser les opérateurs, mais aussi pour faire reconnaître et rendre désirable le tourisme équitable.
Les attentes des voyageurs évoluent également.
Une partie croissante de notre public, particulièrement sensibilisée aux enjeux climatiques, questionne l’impact carbone de ses déplacements et réduit le recours à l’avion, de plus en plus également par contrainte financière.
Ce mouvement de fond nous pousse à accompagner nos membres dans la transition bas-carbone, mais aussi à dialoguer avec de nouveaux acteurs du tourisme, souvent issus du slow tourisme. Ces initiatives, bien que parfois éloignées de l’économie sociale et solidaire, ouvrent des perspectives de renouvellement et de coopération que nous devons saisir.
L’année 2025 a, à cet égard, été particulièrement riche. Elle a été marquée par de nombreux projets, des temps forts collectifs, des avancées concrètes pour la mise à jour de notre Label Tourisme Équitable, et une mobilisation renforcée de notre réseau. Ces réussites témoignent de la vitalité de l’engagement des membres de l’ATES et de la pertinence de son action. Sur un plan plus personnel, l’année 2025 a également été marquée par la naissance de ma fille et un congé maternité, durant lequel j’ai pu mesurer, avec reconnaissance, le soutien de notre président Jean-Marie Perrier, ainsi que des membres du Bureau, que je remercie.
Notre positionnement, militant et exigeant, constitue aussi un défi.
Le choix de conditionner l’adhésion à l’obtention du Label Tourisme Équitable garantit la cohérence et la crédibilité de notre réseau, et favorise la confiance et une collaboration étroite entre membres, mais limite mécaniquement son élargissement. Cette tension, désormais structurelle, nous invite à ouvrir une réflexion collective.
En 2026, nous devrons engager un dialogue pour faire évoluer notre modèle, afin de concilier engagement et ouverture, sans renoncer à ce qui fait notre singularité. Enfin, la fin de l’année 2025 a été marquée par une annonce importante : la non-reconduction de notre convention avec l’Agence Française de Développement pour la période 2026-2028, dans un contexte d’effondrement des budgets publics consacrés à la solidarité internationale et à l’économie sociale et solidaire. Cette décision constitue une opportunité de repenser en profondeur notre modèle économique et associatif, dont nous devons nous emparer.
Au-delà des défis, une certitude demeure : le tourisme équitable et solidaire n’a jamais été aussi nécessaire.
L’équipe de l’ATES
Coralie et Sixtine
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